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Syrte et Homs : les massacres se suivent mais ne se ressemblent pas
Frédéric Dahlmann

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14 mars 2012

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Y aurait-il de bonnes et de mauvaises victimes parmi les civils tombés dans les conflits armés ? C'est la question que pose Frédéric Dahlmann à la lecture des médias qui ont couvert à la fois le bombardement de Syrte en Libye et l'assaut de Homs en Syrie. Et de pousser la réflexion plus loin au regard du bilan très lourd des opérations de l'Otan pour faire tomber Kadhafi : la Russie et la Chine sont accusées par les médias occidentaux de soutenir le dictateur de Damas ; mais n'ont-elles pas permis d'éviter un massacre bien plus grave en apposant leur veto au Conseil de sécurité de l'ONU ? (IGA)

 

« L'ampleur du massacre de Homs, épicentre de la contestation en Syrie où plus de 200 personnes ont été tuées depuis vendredi selon l'opposition, a suscité l’écœurement des capitales occidentales, qui n'ont pas obtenu l'adoption d'une résolution à l'ONU après le veto de la Russie et la Chine. »(1) nous dit France 24.

 

En octobre 2011, France 24 nous disait : « Les forces du Conseil national de transition (CNT) se heurtent depuis un mois à une résistance acharnée des combattants pro-Kadhafi à Syrte, l’un des derniers bastions du leader libyen déchu. »(2)

 

A la lecture de ces deux communiqués une question surgit : pourquoi les victimes de Syrtre semblent-elles susciter nettement moins d'émoi que celles de Homs auprès des médias occidentaux ?

 

De même, il est permis de se demander pourquoi les figures politiques ainsi que les médias américains et européens, qui ont soutenu l'idée d'une guerre au nom de la « protection des civils » que ce soit en Lybie ou en Syrie, se sont montrés aussi concernés par les événements meurtriers de Homs et aussi silencieux sur le massacre perpétré par l'OTAN à Syrte en octobre 2011.

 

En mars 2011, les gouvernements occidentaux et leurs porte-paroles avaient affirmé, sans preuves à l’appui, que les forces de Ghadhafi étaient sur le point de commettre un massacre à Benghazi. C'est pourtant bien l’OTAN qui, en fin de compte, a provoqué un véritable bain de sang dont l'objectif était d'endiguer la résistance libyenne.

 

Dans sa frénésie visant à écraser la résistance libyenne, l’OTAN, mené par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, a commis de terribles crimes de guerre à Syrte en déployant à l'aveugle une force militaire destructrice. Ainsi, nombre de civils ont trouvés la mort sous les frappes aériennes détruisant au passage maisons et infrastructures.

 

Les frappes aériennes de l'OTAN ont eu lieu 24 heures sur 24. Sur le terrain, les milices anti Ghadaffi tiraient des roquettes, des obus de mortier et de chars sans même cibler des objectifs particuliers dans une ville de pas moins de 100.000 habitants.

 

Selon les chiffres diffusés par l’OTAN, leurs bombardiers auraient touché 121 fois des « cibles-clé visées » à Syrte rien qu’au cours des deux dernières semaines de septembre.

 

Ces frappes aériennes ont été réalisées sur base de renseignements limités voire inexistants, de sorte qu'elles ne peuvent qu’être qualifiées d'aveugles.

 

Selon des estimations publiées par le Conseil national de transition, jusqu’à début septembre 2011, 30.000 personnes ont été tuées et 50.000 blessées par la guerre menée par l'OTAN en Libye, et ce, sur une population de 6.733.620 habitants.

 

La guerre en Syrie, sans intervention de l'OTAN, a fait, jusqu’à présent, environ 7.500 morts sur une population de 22.530.746 habitants selon l'ONU.

 

Malgré le précèdent libyen, l'Occident continue le forcing pour faire passer une résolution l'autorisant à intervenir militairement.

 

C'est uniquement en raison du fait que la Chine et la Russie ont opposé leur droit de veto qu'un massacre, tel que celui qui a eu lieu en Lybie, a pu être évité en Syrie.

 

Entre-temps, le gouvernement syrien a organisé un référendum constitutionnel.

 

France 24 nous dit :

 

« La nouvelle Constitution syrienne a été largement approuvée, a annoncé lundi le ministre de l'Intérieur, mais la participation n'a atteint que 57,4% en raison des violences qui secouent le pays depuis près d'un an. » « Le projet de référendum a été approuvé par 89,4% des votants »(3)

Quelques lignes plus loin, elle ajoute que :

 

« Les pays occidentaux notamment la France et la Grande-Bretagne ont dénoncé le référendum organisé dimanche, estimant qu'il n'avait aucune crédibilité du fait de la poursuite en parallèle des violences. Washington l'a qualifié de "plaisanterie". »(4)

 

Pourtant, ces résultats ne contredisent pas ceux obtenus lors d'un sondage organisé il y a moins de trois mois par le Qatar, où la majorité des citoyens syriens interrogés, à savoir 55%, avait voté pour le maintien de Bachar au pouvoir. Or, ces chiffres-là ne sauraient être remis en cause dans la mesure où la famille royale du Qatar constitue l'un des plus fervents opposants au gouvernement d'Assad.(5)

 

Il est aussi piquant de constater que dans une presse supposée être impartiale nous n’entendons qu’une seule version de l’histoire. Pourquoi celle-ci ne relaye-t-elle jamais le point de vue des Russes ou des Chinois qui ont pourtant eu un rôle décisif dans ce conflit, ou encore celui du gouvernement syrien ?

 

En ce qui concerne la guerre des images, seules des images “non vérifiées” provenant de sources issues du même camp sont diffusées. Pourquoi ne pas transmettre également des images “non vérifiées” d’origines diverses ?

 

Ce « deux poids deux mesures » dans la manière de répercuter l'information au niveau des médias pose question ou, à tout le moins, devrait poser question. Un élément de réponse ou une piste de réflexion nous est donné par Bahar Kimyongür, auteur de « Syriana, la conquête continue » (Ed. Couleur Livres & Investig’action, 2011) :

 

« Dictature contre démocratie est le credo simpliste censé résumer la réalité géopolitique syrienne. Si le régime de Damas est incontestablement responsable d’atrocités, il est aussi titulaire d’un CV politico-idéologique qui n’est pas du goût de certaines puissances notamment régionales. A la fois laïc, nationaliste, panarabe, pro-palestinien, allié de l’Iran, du Hezbollah, des BRICS et de l’ALBA, l’Etat syrien réunit tous les ingrédients pour s’attirer simultanément les foudres de Washington, des pétromonarchies du Golfe, d’Israël et des groupes salafistes. Mais aussi pour nourrir fantasmes et clichés. »(6)

 

Source : michelcollon.info

 

Notes :

1. http://www.france24.com/fr/20120205...

2. http://www.france24.com/fr/20111017...

3. http://www.france24.com/fr/20120228...

4. http://www.france24.com/fr/20120228...

5. http://www.thedohadebates.com/news/...

6.http://www.lesoir.be/debats/cartes_...


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