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2 décembre 2010

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L’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) se réunit en sommet les 19 et 20 novembre à Lisbonne, « l’un des plus importants de son histoire » selon son secrétaire général. Depuis la disparition de l’Union soviétique, l’Alliance n’a d’autre ennemi clairement identifié et combattu que… les talibans afghans. Au menu du sommet : la situation incertaine en Afghanistan, le bouclier antimissile, les relations avec la Russie, les liens avec les pays de l’Est, le dialogue méditerranéen, la réforme des structures et des agences de l’organisation, et surtout un nouveau « concept stratégique »…

« Le sommet conduira à la mise en place d’une Alliance plus efficace, plus engagée et plus rentable que jamais, autant de valeurs qui seront inscrites dans le nouveau “concept stratégique” », veut-on croire au siège de l’OTAN, à Bruxelles. L’adoption définitive de ce texte d’une dizaine de pages, qui servira de guide à l’action de l’Alliance pour les dix prochaines années, est un des principaux points à l’ordre du jour. Il a été rédigé par le secrétaire général de l’Alliance, Anders Fogh Rasmussen [1], qui s’est appuyé sur les conclusions d’une commission de douze experts présidée par l’ancienne secrétaire d’Etat américaine Madeleine Albright, dont le rapport lui avait été remis en mai dernier.

Selon Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique [2], ce rapport avait permis de « clore un certain nombre de vrais et de faux débats sur l’état de l’Alliance, en formulant des recommandations concrètes sur l’équilibre entre défense territoriale et nouvelles menaces, et l’importance confirmée de l’article 5 » (la clause de défense mutuelle entre les pays-membres).

Le groupe des experts avait pris position sur :

- le développement des consultations politiques au sein de l’Alliance, et le caractère indispensable de profondes réformes du fonctionnement interne de l’Alliance ;
- les relations OTAN-Russie, en proposant une approche associant réengagement de Moscou et réassurance des Alliés ;
- le caractère essentiel pour l’OTAN de nouer des partenariats avec d’autres organisations, comme l’UE ou l’ONU, pour faire face aux crises ;
- la place confirmée de la dissuasion et le rôle à venir des défenses antimissiles, sur la prise en compte des nouvelles menaces (cyber-attaques en particulier) ;
- la nécessité de maintenir un effort budgétaire et capacitaire significatif.

 

 Organisation sans frontières

 

Bien que l’essentiel de ces conclusions aient été reprises dans le « concept » soumis à l’adoption par consensus des pays-membres, certaines avaient été âprement discutées :

- la question des relations avec la Russie, certains Etats-membres la voyant toujours comme une menace, à l’image de l’ancienne URSS, alors que d’autres souhaitent s’en faire un partenaire ;
- la question des relations avec l’Union européenne, alors que vingt et un Etat-membres sont communs à l’UE et à l’OTAN, que les occasions de chevauchements et doublons sont nombreuses, et que les relations institutionnelles sont rendues difficiles, notamment en raison des blocages turc et chypriote ;
- la question de la dissuasion nucléaire, avec un clivage entre les partisans du désarmement (Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Norvège) et les Etats « nucléaires » (France, Royaume-Uni), qui considèrent que leur panoplie est déjà à la limite de sa crédibilité, et ne veulent pas bouger.

Au-delà de ces recommandations « doctrinales », le plus spectaculaire lors de ce sommet de Lisbonne est l’annonce de la création du système de défense antimissile de l’OTAN, qui serait articulé avec le dispositif américain : il est voulu par certains comme complémentaire de la dissuasion nucléaire, mais pourrait – pour d’autres – s’y substituer (voir plus bas).

La réforme des structures et des agences de l’OTAN : elle est d’autant plus nécessaire que les budgets nationaux de défense sont à la baisse. Le secrétaire général a pronostiqué dans Le Monde du 16 novembre dernier « une refonte de la structure militaire de commandement, une réduction du personnel, des quartiers généraux et des agences ».

Se rêvant « sans frontières », l’OTAN se cherche de nouvelles vocations, pour ne pas disparaître. Le secrétaire général Rasmussen soutient que l’organisation ne peut être un « gendarme du monde », ni se limiter au militaire, et doit se doter des moyens pour « interagir avec l’ONU, l’Union européenne, la Banque mondiale ». Ses vingt-huit pays-membres cumulent les trois quarts des dépenses militaires de la planète.

 

Mission américanisée

 

La stratégie alliée en Afghanistan en question : les maître-mots sont « transition » ou « transfert » des responsabilités, armée, et police aux Afghans. Et la question : « comment en sortir ? » Avec une échéance sans cesse repoussée : ce serait 2014… Commentaire du dernier rapport en date de la RAND [3] : « The “Americanization” of NATO’s mission in Afghanistan may prove crucial to the future of Afghanistan, but the alliance could suffer long-term harm by being relegated to the position of junior partner to the United States ».

Selon cette étude, l’Alliance avait endossé la responsabilité de la Force d’assistance à la sécurité (FIAS) sans stratégie claire, quelques uns des pays-membres portant l’essentiel du poids de l’intervention. Et les troupes de l’OTAN ont souffert de règles d’engagement restrictives, d’un manque d’effectifs et d’équipement, et d’attentats et attaques de l’ennemi de plus en plus nombreuses.

Le sommet de Lisbonne sera aussi l’occasion d’un conseil OTAN-Russie qui aura lieu le 20 novembre, en présence du président Medvedev. Les discussions se tiendront sur la base d’une liste commune des menaces et des défis, préparée par les deux parties, « où il y est question à la fois de ce qui inquiète la Russie et les membres de l’OTAN, et qu’on aborde la façon de résoudre ces problèmes », d’après une source du quotidien russe Kommersant.

La Russie est invitée à se joindre au projet de bouclier antimissile de l’OTAN, dans des conditions qui restent à préciser. Il lui est également demandé de faciliter l’approvisionnement des forces de la coalition en Afghanistan, en leur accordant des droits de passage. Un projet d’achat par l’OTAN de plusieurs dizaines d’hélicoptères russes MI-17, en discussion depuis un an, pourrait être finalisé. Mais le refus récent du Sénat américain de ratifier le nouvel accord conclu avec la Russie sur le désarmement (traité Start) n’est pas de bon augure. Il faudra également tenter d’aplanir les divergences sur la Géorgie et le Traité FCE régissant les forces conventionnelles en Europe.

 

 Fil de l’eau

 

Côté français, c’est le premier sommet depuis le plein retour des militaires tricolores au sein de l’organisation intégrée. C’est aussi le premier déplacement à l’étranger du nouveau ministre de la défense, Alain Juppé, qui avait pris ses distances ces derniers mois avec cette démarche unilatérale du président Nicolas Sarkozy, craignant un « marché de dupes ». Il devra désormais célébrer les vertus de l’Alliance [4].

Paris ne cesse d’ailleurs de manger son chapeau, sur l’OTAN, sur le bouclier antimissile, sur la politique de défense de l’Union européenne, sur sa propre dissuasion nucléaire. Et de laisser filer le bouchon, de renoncement en renoncement, explique Louis Gautier, ancien conseiller socialiste pour la défense, selon lequel l’alliance conclue récemment avec le Royaume-Uni est une manière d’enterrer la Politique commune de sécurité et de défense (PESD) : « Notre pays est désormais en passe d’accepter le principe du déploiement d’un système de défense antimissile au dessus de l’Europe, et son interconnexion, sous un commandement unique, au système de défense aérienne de l’OTAN, et au système de défense antimissile des Etats-Unis », le tout ambitionnant de devenir « un dispositif global et multicouche d’interception ».

Pour Louis Gautier c’est bien sûr « l’intégrateur » américain, fournisseur en outre des principaux vecteurs, qui commandera l’ensemble ; les Européens se contenteront de financer (1 milliard dans une première phase, mais jusqu’à 20 sur les dix prochaines années, selon certains experts). Autre retombée : la place de la dissuasion française « se marginalisera inéluctablement » [5].

Notes

[1] L’ancien premier ministre libéral du Danemark a tout pour plaire : son accession au secrétariat général de l’OTAN, en avril 2009, a été favorisée par la France, l’Allemagne, et les Etats-Unis. Il avait été un des premiers européens à suivre l’aventure du président Bush en Irak, rompant avec un siècle de non-engagement militaire du Danemark. Il a apporté son soutien au gouvernement américain à propos de la détention de suspects au bagne de Guantanamo, et a été un des premiers à fournir un contingent sous les couleurs de l’OTAN en Afghanistan.

[2] TTU (Très Très Urgent) n° 778, 17 novembre 2010.

[3] La RAND (pour « Research and Development ») est un think tank américain.

[4] L’ancien premier ministre est sous surveillance : son directeur de cabinet, qui lui a été semble-t-il « imposé » par l’Elysée, est un préfet sans compétence particulière dans le domaine, mais proche de Nicolas Sarkozy.

[5] « Sommet de l’OTAN : la fin de l’ambition d’une défense européenne. La dissuasion française risque de perdre son autonomie et son efficacité », Le Monde, 19 novembre 2010.

 

Source : Philippe Leymarie, Défense en ligne


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