13 octobre 2011
D’emblée, Michel Collon, spécialiste des stratégies de désinformation (Irak, Yougoslavie, Venezuela, Palestine…), interpelle le lecteur par un questionnement clairement énoncé dans la 4e de couverture. Trois victimes de la guerre, selon l’auteur, méritent d’être soulignées : la vérité, les civils qui meurent sous des bombes « pas forcément humanitaires », et enfin, ceux qui sont sujets à la désinformation. Quatre chapitres, traitant sous différents angles la guerre de Libye, composent cet ouvrage de 192 pages (publié par les Editions : Investig’Action - Bruxelles & Couleur livres-Charleroi, septembre 2011). A commencer par Comprendre la guerre.
Sous la plume de Michel Collon, ce chapitre explique exhaustivement, certains paradoxes : budget alloué aux guerres et pauvreté, la politique « des deux poids, deux mesures », massacres de civils et guerre humanitaire, le « tiraillement » d’Obama soucieux des intérêts et valeurs. Dans ce contexte, quelle comparaison possible entre les « révoltes » tunisienne, égyptienne et libyenne ? Mohamed Hassan pose la bonne question selon l’auteur, en qualifiant la guerre de Libye de « révolte populaire, guerre civile et agression militaire ». De la spontanéité, le mouvement a été « récupéré et transformé en guerre civile (qui avait été préparée) ». Au niveau de l’opposition libyenne, c’est un ensemble hétéroclite, avec notamment une aile démocratique, des dignitaires de Kadhafi retournés par l’Ouest, des clans libyens mécontents du partage des richesses et, enfin, des combattants de tendance islamique. Ainsi, concernant cette guerre « préparée », l’affaire remonte, selon l’auteur, au 21 octobre 2010. Coup fomenté par les services secrets français avec la complicité de Nuri Mesmari, chef du protocole de Kadhafi », qui était quasiment son bras droit. Autre connexion, celle d’un certain Hifter avec la CIA. Haut militaire libyen, qui après l’expédition du Tchad, à la fin des années quatre-vingt, il émigre aux Etats-Unis. Enfin, le tout couronné par l’ordre secret signé par Obama et autorisant la CIA à mener des opérations en Libye, afin de renverser Kadhafi. Objectifs : contrôler l’ensemble du pétrole, sécuriser Israël, empêcher la libération du monde arabe, empêcher l’unité africaine et installer l’Otan comme gendarme de l’Afrique. Abordant le volet communication, Michel Collon explique les cinq principes de la propagande de guerre appliqués à la Libye, interpelle le lecteur sur les sources d’information, etc. En conclusion à ce chapitre, l’auteur repose la question de Lénine : « Que faire ? » Faut-il croire à une « aube véritable » avec un « autre système de relations internationales » basées sur le respect et la liberté ? « Un monde sans guerre, ça dépend de chacun de nous ». Quand ?
Dans le second chapitre, le trio Cédric Rutter, Jean Bricmont et Simon de Beer, analysent respectivement le « front de l’image » et le bombardement sur Benghazi, l’impérialisme humanitaire et les critères d’une « guerre juste ». Ainsi, du médiamensonge, à l’impérialisme humanitaire, avec notamment la problématique du droit de l’homme, droit d’ingérence et droit du plus fort, sujet d’un livre de Jean Bricmont, aux enjeux de cette guerre « qui ne sont pas humanitaires », le lecteur découvrira les rouages de la désinformation. Thème qui sera également développé dans le troisième chapitre par Simon de Beer qui a accompagné Michel Collon (du 4 au 11 juillet 2011) en Libye.
Trois témoignages sur une réalité désavouant complètement les informations fabriquées par Al Jazeera et autres médias à la solde de l’Otan. En d’autres termes, « des tribus libyennes qui soutiennent Kadhafi, les faux mercenaires qui ne sont autres que de paisibles africains gagnant leur vie en Libye, etc ».
Enfin, au dernier chapitre, Michel Collon invite le lecteur à une discrimination entre le « vrai » et le « faux ». Plus d’une dizaine de médiamensonges sur 25 informations analysées. D’où la nécessité d’une lutte collective contre le médiamensonge, à sa source. Un livre qui nous livre des analyses lucides, sans idées préconçues, bien documenté et qui mérite lecture.
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Pour rappel, Michel Collon a commencé sa carrière à l'hebdomadaire belge Solidaire. Il a poursuivi son travail de manière indépendante à travers livres, films et site Internet.
Bibliographie :
Filmographie :
Il est co-auteur du film documentaire Les Damnés du Kosovo sur la guerre menée par l’Otan en Yougoslavie. Il a produit le documentaire de Vanessa Stojilkovic, Bruxelles – Caracas sur l’expérience du Venezuela. Il est membre du conseil consultatif de la télévision latino-américaine TeleSur. Son livre Bush le cyclone (2006), prenant pour point de départ la catastrophe de La Nouvelle-Orléans et la guerre en Irak, étudie les liens entre l’économie et la guerre, ainsi que le rôle des médias.

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