8 septembre 2010
Le 19 novembre 2002, un pétrolier libérien répondant au doux nom de "Prestige", battant pavillon des Bahamas, affrété par une société suisse filiale d'un groupe russe, conduit par un équipage gréco-roumano-philippin, et chargé de 70.000 tonnes de fuel, coulait au large de la Galice (nord-ouest de l'Espagne). 50 000 tonnes de brut s'échappèrent alors des soutes, polluant les côtes atlantiques espagnoles, françaises et portugaises, sur des milliers de kilomètres.
Venus de toute l'Europe, 300 000 volontaires avaient participé aux opérations de nettoyage, dont de nombreux pêcheurs... dont 501 ont été suivis par une équipe de chercheurs (entre septembre 2004 et janvier 2005, soit deux ans seulement après la marée noire !). Le résultat vient d'être publié dans la revue américaine Annals of Internal Medicine. Et ce n'est pas glorieux.
Chromosomes en eaux troubles
Les pêcheurs espagnols ayant participé aux opérations de dépollution seraient nettement plus touchés que les autres par des problèmes respiratoires et des altérations chromosomiques au sein de leur système immunitaire, d'où un risque accru de cancer. Néanmoins, tempèrent les auteurs, cette étude ne prouve rien. Car si des différences significatives ont bien été décelées, le lien de cause à effet n'est pas encore connu et l'on ne peut donc rien conclure de façon définitive. Et pour cause, en effet : quasiment aucune étude n'existe sur le sujet. "Il y avait un certain nombre d'articles concernant les effets sur les oiseaux et les poissons, mais pas les travailleurs", a déclaré Joan Albert Barbera, responsable de l'étude.
Les scientifiques en sont donc réduits à déclarer que "l'exposition aux sédiments de pétrole, même sur une courte période, peut avoir des effets négatifs sur la santé". Et d'appeler à d'autres études. Aux Etats-Unis, pourtant, rien n'a été fait suite à la marée noire de Louisiane, qui a déversé pas moins de 10 à 20 fois plus de pétrole dans les eaux du Golfe du Mexique. Et les dispersants (hautement toxiques) y ont été utilisés à vau l'eau, contrairement à la catastrophe de 2002. Seuls quelques décomptes confus de symptômes respiratoires au sein des populations locales ont été vaguement évoqués dans la presse. Obama s'est d'ailleurs empressé de déclarer la catastrophe terminée, arguant que près de 80% du fuel s'était "évaporé". Circulez, il n'y a (plus) rien à boire. Et tant pis si une étude indépendante affirme l'exact contraire...
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