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15 février 2012

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Il est rassurant de savoir que le président Obama "privilégie" la solution diplomatique face aux désaccords avec l'Iran, comme il l'expliquait hier lors d'une interview diffusée sur les ondes de la chaîne télévisée NBC. Il est profondément troublant de l'entendre dire au même moment, selon un compte rendu de ce même entretien par l'AP "qu'il n'exclurait aucune option pour empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires."

Troublant aussi, ces propos contradictoires tenus par le président : d'une part il croit que "Toute activité militaire supplémentaire dans le Golfe est source de déstabilisation et aurait des effets non négligeables à notre encontre," et d'autre part que nous " travaillerons main dans la main" avec Israël face à l'Iran et son programme nucléaire.

Main dans la main ? Avec Israël ?

Les États-Unis n'ont-ils pas dépêché dernièrement en Israël leur chef d'état-major des Armées, le général Martin Dempsey, pour dire aux dirigeants israéliens que les États-Unis ne voulaient pas d'une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes ? N'a-t-il pas été dit à Israël que les États-Unis ne les supporteraient pas en cas d'une telle attaque du moins si les Américains n'étaient pas avertis longtemps à l'avance ? Israël continue bien sûr de menacer l'Iran de les bombarder au moyen d'avions et de bombes qui leur ont été fournis par les États-Unis. Alors comment peut-on parler de travailler "main dans la main" alors que les Américains s'opposent à une attaque d'Israël contre l'Iran et qu'en même temps Israël menace continuellement d'attaquer l'Iran ?

Quel genre de pays pourrait être à la botte d'un autre pays s’il ne s'agissait d'un régime fantoche ?

Les États-Unis n'ont pas de traité avec Israël les obligeant à faire la guerre si les Israéliens entraient en guerre. Il n'y a même pas de traité exigeant des Américains qu'ils aillent défendre Israël si ces derniers étaient attaqués. Un tel traité existe bien avec Taiwan mais pas avec Israël. Les intérêts des États-Unis ne sont décidément pas les mêmes que ceux d'Israël particulièrement lorsqu'il est question de l'Iran. (Interrogez n'importe lequel des vétérans qui a servi sur l'USS Liberty à propos de la congruence de la politique des deux Etats.)

On pouvait relever d'autres points problématiques lors de l'interview télévisée du président hier. Le plus frappant étant que selon son propre secrétaire de la défense, Leon Panetta, il n'y aurait aucun élément permettant d'affirmer que les Iraniens sont en train de concevoir une bombe nucléaire.
 
Aussi avons-nous pu entendre au cours de plusieurs déclarations venant aussi bien des services de renseignements que des militaires qu'aucune attaque ne pourrait faire échouer des tentatives futures de mise au point d'une bombe nucléaire. Les opérations de traitement du combustible étant en effet largement dispersées sur le territoire, de plus en plus dissimulées et protégées par des fortifications. En fait, beaucoup ont affirmé qu'une telle attaque augmenterait plutôt la probabilité que les Iraniens travaillent dans le but d'acquérir des armes nucléaires soit en les produisant eux-mêmes soit en les achetant par exemple au Pakistan ou à la Corée du Nord.

Les déclarations du président faites hier au sujet de sa position sur le sujet constituent un fouillis d'amalgames et d'auto-contradictions.

C'est aussi la manifestation d'une mentalité criminelle. Le président a affirmé lui-même lors de son interview qu'il ne pensait pas que l'Iran avait "ni l'intention ou la capacité" d'attaquer les États-Unis. Il a malgré tout laissé supposer que les États-Unis pourraient envisager une attaque contre l'Iran. Détrompez-vous, une attaque des États-Unis contre l'Iran constituerait un crime de guerre du plus grand ordre : le crime de guerre d'agression en violation fondamentale des principes de Nuremberg formulés à la suite de la Deuxième guerre mondiale. Les dirigeants de nations qui déclenchent des guerres d'agression contre d'autres pays ne présentant pas de menace imminente pour les pays agresseurs sont des criminels de guerre. Le président Georges W. Bush a été et restera un criminel de guerre pour avoir envahi l'Irak. S’il déclenchait une guerre contre l'Iran, le président Obama deviendrait également un criminel de guerre.

En fait, la simple menace d’une telle agression constitue un crime de guerre. Le président est passé très près de menacer l'Iran d'une telle guerre lorsqu'il a déclaré "qu'il n'exclurait aucune option pour empêcher l'Iran d'obtenir des armes nucléaires."

Ce qui est réellement incroyable à propos de tous ces bruits de bottes c'est que même les dirigeants israéliens les plus sensés avouent ne pas croire que l'Iran attaquerait l'état d'Israël même si l'Iran devait un jour entrer en possession de l'arme nucléaire. Affirmer que l'Iran représente un danger mortel pour Israël relève de la tromperie. Les israéliens qui possèdent après tout quelques 300 armes nucléaires sont la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient. Ils ne souhaitent pas que l'Iran se dote de l'arme nucléaire parce que cela rendrait leur tâche plus difficile lors de négociations avec les Etats arabes voisins ainsi qu'avec le Hezbollah et le Hamas. Nous sommes très loin d'une menace existentielle.

Le peuple américain en a assez de toutes ces guerres sans raisons. Selon les sondages, malgré une campagne de propagande titanesque du gouvernement des États-Unis relayée massivement par les médias de masse complices, il n'y a qu'une petite minorité de citoyens américains qui croient encore que l'Iran représente une menace pour leur pays malgré les efforts soutenus du directeur du renseignement national James Clapper à utiliser l'élément de la peur. En démocratie, la vrai opinion publique est sensée jouer un rôle. C'est l'une des leçons apprises lors de la guerre du Vietnam : ne pas s'engager dans une guerre sans être soutenu massivement par le peuple.

Crimes de guerre mis à part, les États-Unis ont engouffré 3 milliards de dollars dans deux guerres inutiles qui ont été perdues. Ils ont plongé les pays occupés dans un chaos catastrophique. L'économie américaine est embourbée dans la récession. Les Américains sont surendettés. Seulement l'idée que le président ne ferait qu'envisager une guerre contre l'Iran, une nation de 74 millions d'habitants (plus du double de l'Irak ou de l'Afghanistan), est profondément révoltante.

Mais la chose certainement la plus scandaleuse a été d'entendre le président des États-Unis s'exprimer à la télévision nationale disant qu'il menait une politique iranienne "main dans la main" avec la petite nation d'Israël, pays d'apartheid actuellement dirigé par un groupe de fanatiques religieux corrompus, néofascistes, bellicistes génocidaires. De vouloir associer le destin des États-Unis d'Amérique de façon rigide et aveugle à une telle psychose et de permettre à de tels aliénés d'entrainer les États-Unis dans une autre guerre aussi désastreuse qu'inutile devrait être reconnu comme un acte de démence qui devrait en soi disqualifier Obama en tant que président des États-Unis d'Amérique.


Source originale : Information Clearing House
Traduit de l’anglais par Francis Roux pour Investig’Action
Source : michelcollon.info




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