Laurent Louis est-il vraiment anti-système ?

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MICHEL COLLON : Des lecteurs belges me demandent si je soutiens Laurent Louis, candidat aux prochaines élections. On leur a dit que j’en étais proche. Pas du tout. J’ai toujours dit que face au système injuste dans lequel nous vivons, avec ce croissant écart riches – pauvres, provoqué par l’exploitation des multinationales, nous avons besoin d’une transformation progressiste à la Chavez ou à la Evo Morales. Et pas d’un programme d’extrême droite qui renforce cette exploitation économique. Il vient même de conclure une alliance technique avec le parti « La Droite » en réalité d’extrême droite qui dénonce une « atmosphère étouffante » à Bruxelles à cause de « l’islamisation ». Tout vote pour Louis peut faire élire un député raciste et islamophobe. Aucun principe ! Quand on a commencé à parler de Laurent Louis, je l’ai rencontré pour voir si une évolution progressiste était possible. J’ai demandé s’il comptait prendre ses distances avec l’extrême droite, mais ce n’était pas le cas. Je suis opposé au fait qu’on interdise ces opinions, je suis même prêt à débattre avec lui pour réfuter ses thèses. Mais il faut de la clarté, pas de la confusion fourre-tout. Aujourd’hui, beaucoup de gens sont dégoûtés du système politique et certains voient en Laurent Louis le seul qui s’oppose à l’élite dirigeante. Vérifions les faits…



Laurent Louis est une girouette politique. Entre juin 2010 et novembre 2013, il est successivement passé de la droite du MR à l’extrême droite du Parti populaire (PP). Il en est exclu et fonde le MLD, qu’il dissout pour passer au parti Islam. Il en est rapidement exclu après s’en être autoproclamé président, et finit par créer Debout les Belges.

Laurent Louis dit tout et son contraire. Au PP, il défend des positions islamophobes, et a même proposé la suppression du financement public des cultes. Mais un an et demi plus tard, il se rallie au parti Islam. Comment interpréter un tel revirement ?

Laurent Louis est un opportuniste. Parti de l’extrême droite, il essaie de rallier à lui les musulmans et rejoint Islam. Ses anciens alliés y voient une trahison, mais il les rassure. En mars 2013, la militante d’extrême droite Géraldine Feuillien, qui avait soutenu le député, diffuse un échange de SMS dans lequel Laurent Louis s’explique : « Tu ne vois pas que c’est stratégique ? ISLAM, DLR, les Congolais et demain, rdv avec Parti Antisioniste. » Et ensuite : « Sans siège en 2014 je perdrai toute ma crédibilité au parlement. » 

Laurent Louis est un menteur.
Il essaie de séduire les musulmans mais s'allie pour ces élections avec le parti "La Droite", une liste d'extrême droite qui dénonce l'islamisation de Bruxelles Capitale et son "atmosphère étouffante". Pour grappiller des voix, il est prêt à tout, même à faire élire des fascistes.
 
Laurent Louis a été un parlementaire antisocial. Toutes ses propositions au Parlement vont dans le sens de l’ultralibéralisme. En vrac, il a défendu : la dénonciation des réfugiés par les CPAS, la limitation des allocations de chômage, le travail forcé pour les détenus, le retrait de la nationalité pour certains citoyens qui ne sont pas « Belges de souche » (sic), la suppression de la prépension, la suppression des primes de naissance, la suspension du paiement des allocations familiales en cas de condamnation d’un mineur…

Le programme de Debout les Belges est toujours antisocial. On y trouve des propositions telles que plafonner l’impôt à 35 %, un cadeau en or pour les plus riches, qui n’en demandaient pas tant. Le gouvernement avait déjà ramené ce plafond à 50 %, au grand plaisir des patrons et des plus fortunés. Il veut aussi mettre les chômeurs au travail forcé, comme les ultralibéraux le proposent dans plusieurs pays d’Europe.

Laurent Louis est tout sauf éthique. Il parle de replacer l’« éthique » au centre de la politique. Pourtant, il n’hésite pas à exhiber publiquement les photos d’autopsie de Julie et Mélissa pour faire le buzz. Il n’a aucun respect pour les victimes d’un pédophile.

Laurent Louis se nourrit du système. Il fait partie de cette élite sur laquelle il prétend cracher. Il a été élu en 2010 avec le score bas de 1345 voix et grâce à l’astuce juridique de l’apparentement. Grâce à ça, il gagne 5729 euros par mois pour siéger au Parlement… Il se nourrit de la colère et du dégoût légitimes que provoque ce système pour en faire l’instrument de sa réélection.

Laurent Louis n’a aucune vraie critique du système. Pour lui, tous les malheurs viennent des personnes d'origine juive et/ou des francs-maçons. On oublie le fait que les milliers de familles mises au chômage chez ArcelorMittal sont le fait du patron Lakshmi Mittal, qui n’est ni juif ni franc-maçon. On oublie que la crise financière de 2008 et la folie spéculative qui l’a précédée n’ont ni nationalité ni religion. Des banquiers belgo-belges comme Maurice Lippens, de chez Fortis, et Albert Frère en sont la preuve.

Laurent Louis n’a pas d’explication sur d’où viennent les inégalités. Dans le monde, 85 personnes possèdent autant que la moitié de l’humanité. Ça, Laurent Louis ne l’explique pas. Il ne critique pas le système économique actuel, basé sur le profit, qui permet à une minorité de s’enrichir sur le dos des autres.

Laurent Louis n’a pas d’alternative au système. Aucune de ses propositions ne change la logique du système. Jamais il ne parle des travailleurs qui se battent, jamais il ne dénonce les profits des multinationales, jamais il ne propose un projet de société. La plupart de ses propositions socio-économiques se retrouvent dans les programmes des partis libéraux et ultralibéraux.

Laurent Louis renforce le système. Sa stratégie provocatrice et son absence de critique du système renforcent le système. Laurent Louis légitime avec ses provocations un organisme comme la LBCA de Joël Rubinfeld qui veut faire taire toute critique d’Israël en Belgique au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

Laurent Louis veut se faire passer pour un martyr, celui qui s’oppose à l’élite et défend le peuple contre une classe dirigeante « pourrie ». Mais la vérité, c’est que Laurent Louis sert de bouffon aux partis traditionnels. Nous avons besoin de penser en dehors du système actuel, mais ce que fait Laurent Louis n’est que trop profitable au système. L’alternative, il faudra la chercher ailleurs. Aucun doute là-dessus …


Liste de quelques propositions de lois déposées par Laurent Louis au Parlement :
– le 11 mars 2011 : une exception au secret professionnel auquel sont tenus les agents du CPAS, afin de leur permettre de dénoncer des réfugiés à la police et de les exclure s’ils les soupçonnent d’avoir de faux papiers. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1291/53K1291001.pdf)
– le 31 mars 2011 : pour les chômeurs, abolir les allocations d’attente et limiter la durée des indemnités à un maximum de trois ans. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1341/53K1341001.pdf)
– le 28 avril 2011 : ramener l’âge de la majorité pénale à seize ans. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1359/53K1359001.pdf)
– le 8 juin 2011 : restaurer le travail forcé pour les détenus. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1551/53K1551001.pdf)
– le 14 juin 2011 : retirer la nationalité pour les citoyens qui ne sont « belges de souche » (sic) s’ils ont commis des crimes ou délits.
– le 9 août 2011 : suppression de la prépension conventionnelle. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1711/53K1711001.pdf)
– le 19 septembre 2011 : suppression des primes de naissance. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/1742/53K1742001.pdf)
– le 8 février 2012 : suspension automatique du paiement des allocations familiales en cas de condamnation d’un mineur et sanctions à l’encontre des parents. (http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/53/2047/53K2047001.pdf)