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6 décembre 2011

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La Chine commence à bousculer l’Occident pour imposer de nouvelles tendances dans les rapports stratégiques avec l’Afrique. Dans cette dualité qui se dessine, comme au temps de la guerre froide Est-Ouest, Jean-Paul Pougala note des dissidences qui se font jour de la part de certains pays pour tendre vers Pékin, là où d’autres restent dans leur ancrage traditionnel. D’un côté il salue la mutation camerounaise, de l’autre il déplore le statu quo ivoirien.

Les douze derniers mois ont été très intenses sur le continent africain avec d'importantes élections qui ont suscité beaucoup d'intérêts même hors d'Afrique, parce que l'issu de chacune d'elle marquait les nouvelles frontières du partage des zones d'influence qui sont en train de se renégocier entre les anciens maîtres du monde, l'Occident et le nouveau, la Chine. En paraphrasant un classement qu'on a vu en Ukraine, ont peut dire qu'en Côte d'Ivoire, en Zambie ou au Libéria, ce sont les Pro-Occident qui ont gagné la partie. Au Cameroun ou République Démocratique du Congo, ce sont les pro-Chine qui ont gagné.

Depuis les indépendances africaines, il y a environ 50 ans, dans la logique de la guerre froide, les pays africains étaient tous sous l'une des deux bannières : pro-occident ou pro-Union Soviétique. A la chute du Mur de Berlin en 1989 et la conséquente fin de la période de la guerre froide, toute l'Afrique était devenue, de gré ou de force pro-Occident. Le tandem Fond Monétaire International et Banque Mondiale avait de fait pris le pouvoir en Afrique, décidant de tout ou partie de la politique économique, financière, sociale et même juridique de bon nombre de pays africains. Après ces 20-30 ans de ce pouvoir en Afrique, il n'existe à ce jour aucune exception de pays qui aurait réussi grâce à ces recettes venues tout droit de Washington. Ce qui a amené certains pays à entrer en dissidence, à entrer en rébellion contre ce pouvoir ultralibéral FMI-BM qui a une particularité et c'est que lorsqu'il échoue, le chapeau n'est porté que par le dirigeant africain rebaptisé pour la circonstance en "dictateur africain" afin de détourner l'attention de la vraie paternité de l'échec : l'ultralibéralisme occidental. Cette tragi-comédie continue de nos jours, puisque ce sont ces mêmes recettes qu'on prescrit aujourd'hui à la Grèce, au Portugal et à l'Italie qui ont toutes échoué il y a 20 ans en Afrique.

Ces dissidents africains ont regardé ailleurs vers l'Orient, vers la Chine. Ils ne sont pas très nombreux, parce qu'il fallait du courage pour braver les pressions occidentales, lorsque cela ne se terminait pas par des coups d'Etat bien pilotés par l'entremise des rebelles qui n'ont jamais expliqué comment et par qui ils avaient été financés. Et c'est dans ce contexte que s'inscrit désormais tous les rendez-vous électoraux sur le continent africain, où le seul vrai projet de société est de savoir si le pays se contente du statu quo habituel avec le niveau de misère qu'on connait depuis 50 ans au service de l'Occident ou alors s'il fera le saut dans le vide en choisissant la Chine, pour émerger avec elle, sans savoir où on va atterrir.

Aujourd'hui, je vais prendre en examen deux pays africains qui ont fait deux choix opposés, l'un, la Côte d'ivoire, a choisi de rester comme avant, sous l'Occident et l'autre, le Cameroun, qui a fait le choix de se jeter dans le vide avec la Chine. Lequel des deux pays a fait le bon choix ? pour répondre à cette question, je me garderai bien de donner des jugements de valeur à une élection ou à une autre. Je ne vais pas refaire l'histoire ici. Mais il me plait de revoir les événements sous la loupe purement géostratégique.

Le Cameroun et la Côte d'Ivoire sont deux pays africains qui ont récemment connu des élections et le point commun des deux élections c'est que les deux géants mondiaux, la Chine et l'Occident avaient fait leur choix et apporté leur soutien. En Côte d'Ivoire, on peut être d'accord ou pas d'accord sur les méthodes utilisées, mais chaque contemporain a pu assister en direct à l'intronisation par la France et les Etats-Unis d'une administration africaine. Il n'est donc pas erroné d'affirmer que le pouvoir en place est pro-Occident.

Au Cameroun, M. Biya a été le chouchou de Pékin, cette ville étant devenue au cours des années sa seule destination officielle hors des frontières camerounaises. Lors du dernier congrès de son parti, le RDPC, le parti de Sarkozy, l'UMP, n'était pas invité comme d'habitude. A sa place, c'est le Parti Communiste Chinois qui a été convié et désigné comme le "meilleur parti ami" du Cameroun. Et que dire du fait que les résultats des élections présidentielles au Cameroun ont été rendus publiques à Pékin, 4 heures avant la proclamation par la Cour Suprême du Cameroun. Ce qui nous amène à dire, sans nous tromper, que le positionnement du Cameroun est pro-Chine.

Etait-ce un simple hasard, la décision conjointe de Pékin et Yaoundé, de choisir la date du 8 octobre 2011, un jour avant les élections, pour la cérémonie présidée par Biya et le représentant chinois pour poser ensemble la première pierre du chantier du port en eau profonde de Kribi avec une première enveloppe de 1 milliard de dollars versés par la Chine ? N'était-ce pas un vrai défi lancé aux Occidentaux qui eux sont dans une profonde crise financière ? Dans tous les cas, l'électorat camerounais a approuvé ce choix de ses dirigeants, le lendemain, dans les urnes, en élisant Biya avec 78% des voix. En comparaison, on est très loin de la gestion calamiteuse des Occidentaux de la situation ivoirienne quelques mois auparavant.

QUI DU CAMEROUN ET DE LA COTE D'IVOIRE A EU RAISON DE SON CHOIX ?

S'il est encore trop tôt pour parler du Cameroun on peut déjà tirer les premières conclusions sur la Cote d'ivoire et constater que la situation aujourd'hui est de loin pire que celle qui prévalait durant la crise sous Laurent Gbagbo. Le FMI vient d'avancer un chiffre de -7,5 % de croissance du pays pour l'année 2011, faisant ainsi de la Côte d'Ivoire le seul pays en récession de tout le continent africain, c'est-à-dire, pire que la Somalie où même sans gouvernement stable il y aura eu 1% de croissance pour 2011, c'est-à-dire une croissance somme toute positive. Les mêmes sources nous informent des contre-performances de toute l'économie ivoirienne où l'Etat doit aux entreprises la rondelette somme de 900 milliards de FCFA. Et la totalité du budget 2012 à peine voté ne pourra être financé que de l'étranger.

Prenons au hasard une date commune dans les deux pays, la date du 23 novembre 2011. Quelle est l'actualité principale en Côte d'Ivoire ? C'est le porte-parole du président de la Commission européenne, José Manuel Durao Barroso qui nous annonce qu’Alassane Drame Ouattara se trouve a Bruxelles où il va rencontrer, dans la journée, Karel de Gucht, commissaire Européen chargé du Commerce, pour parler des exportations du cacao ivoirien vers les pays de l'Union européenne.

Au même moment, au Cameroun, c'est Martin Yankwa, Inspecteur général du ministère camerounais de l'Industrie, des Mines et du Développement Technologique qui annonce la signature d'un accord pour la création d'une usine, la SITRACO, d'une valeur de 1,6 milliard de FCFA pour la transformation à Douala de 40% du coton camerounais pour alimenter les nombreux hôpitaux que la Chine construit un peu partout au Cameroun, avec des consommables comme les compresses médicales et des rouleaux de gaze hydrophile de coton.

Dans le premier cas, il s'agit de l'énième visite en Occident depuis la prise de pouvoir au mois de mai 2011 dernier. La première visite était le 26 mai 2011 au sommet du G8 à Deauville en France, où l'ami Sarkozy, président de la France l'a présenté comme un trophée, il avait une grande envie de célébrer la victoire militaire de sa présidence mais avait oublié d'informer son protégé Monsieur Ouattara que lui-même se trouvait en pleine tempête financière avec les 3 principales banques qui venaient de perdre en bourse près de 40% de leur valeur, ce qui atteindra très vite les jours suivants, 65% pour la plus grande. Il y a eu le 27/07/2011 la visite à Washington pour demander de l'argent. Malheureusement ici aussi, Monsieur Obama était en pleine querelle avec la nouvelle majorité républicaine au Congrès qui ne voulait pas lui octroyer une rallonge pour de nouvelles dettes ; et du coup, accompagné des autres Présidents Africains qui semblaient tous à la Maison Blanche comme des écoliers dans le bureau du Directeur d'école, les photos que la Maison Blanche a publiées de cette rencontre donnent l'amère impression de se trouver à une cérémonie de funérailles.

COMMENT LIRE CES DEUX EVENEMENTS ?

EN COTE D'IVOIRE
La démarche ivoirienne est erronée. A mon avis, le cacao et le café, comme la malaria, doivent tout simplement être éradiqués du continent africain. C'est la seule certitude de mettre fin à la sombre époque de la soumission coloniale avec toute son économie, comme la culture de certaines plantes que les principaux journaux financiers en Occident continuent de classer en cette fin de l'année 2011 comme "produits coloniaux". Plus de 50 ans après l'indépendance, ce n'est pas normal qu'un dirigeant africain se rende en Europe pour négocier en faveur d'un produit colonial, c'est-à-dire pour continuer volontairement à cultiver ce produit qui correspondait à la vision et aux intérêts européens de cette Afrique coloniale. C'est une faute politique, historique et surtout, économique, car aucun pays du monde ne s'est jamais enrichi en continuant la production d'un produit colonial. Même le Brésil a été obligé de renoncer à sa place de premier producteur mondial du café pour passer à la production de viande qu'elle exporte désormais vers Europe parce qu'elle est 100 fois plus rentable et sa production est hebdomadaire et non annuelle comme le café.

En d'autres termes, la Côte d'Ivoire doit se spécialiser en "Intelligence" pour compter et pour commander en Afrique et non plus retourner aux sombres heures des travaux champêtres de la période coloniale, aux heures du travail manuel pour remettre le vieux tablier de domestique et reprendre, comme le veut le maître européen, sa place dans les plantations de cacao et café du pays tropical.

AU CAMEROUN
La démarche camerounaise est à encourager, parce la décision de créer une usine de transformation du coton camerounais présente deux avantages : d'abord parce que la vraie plus-value d'un produit agricole réside dans sa transformation en produit fini, ensuite parce que le produire pour satisfaire un besoin national permet de dynamiser une demande locale et mettre sur pied le cercle vertueux de la création de la richesse. Il est prévu que dans les prochains dix ans le Cameroun passera du pays importateur de coton, à pays exportateur, du même coton pour satisfaire la demande des hôpitaux camerounais et ensuite africains.

Ce que les dirigeants Camerounais ont compris c'est la leçon même de Laurent Gbagbo. C'est-à-dire que désormais c'est en Afrique même qu'il faut aller chercher l'argent. La SITRACO est l'arbre qui cache la forêt du vaste projet de développement du business de la santé au Cameroun pour attirer les malades non plus uniquement des pays voisins, mais venant de beaucoup plus loin. A travers ses hôpitaux, le Cameroun veut récupérer le très lucratif pactole des évacuations sanitaires vers la France depuis les pays d'Afrique francophone notamment pour des spécialités bien précises : cardiovasculaire, traumatologique, neurochirurgical, ontologique, ophtalmologique. Selon les incroyables chiffres fournis par Monsieur le ministre Burkinabé de la Santé, Bedouma Alain Yoda, le gouvernement d'un petit pays comme le Burkina Faso règle à la France la bagatelle de 900 millions de FCFA (1,372 million d'euros) chaque année pour évacuer une cinquantaine de patients par an. cette information a été rendue publique par le quotidien burkinabé Le Pays, dans son édition du 19 septembre 2007. Yaoundé veut une partie de ce gâteau. L'histoire ne nous dit pas si Paris est très content de l'activisme de ce nouveau concurrent inattendu.

Un autre domaine dans lequel les dirigeants de Yaoundé cherchent des palabres avec la France de Sarkozy, reste celui de la formation. On peut facilement imaginer la scène à l'intérieur du Palais d'Etoudi (demeure du président camerounais) où son hôte prend un stylo et sa calculette pour voir combien l'Europe encaisse chaque année des étudiants africains qui y affluent. Un vrai magot, se serait-il exclamé. Et toutes les réflexions successives ont dû porter sur le fait de savoir comment intercepter une partie de cette somme. Les universités publiques et privées sont en train de sortir de terre comme des champignons avec des cités universitaires et son lot de chantiers chinois pour livrer les œuvres dans les plus brefs délais afin, non seulement d'éviter que les Camerounais quittent le pays, mais aussi pour attirer les autres étudiants africains qu'ils soient francophones ou anglophones, profitant au passage de sa position privilégiée d'être le seul pays bilingue français/anglais du continent africain.

Alors que l'hôte de l'Elysée (demeure du président français) compte sur la stigmatisation de ces étudiants africains pour remonter dans les sondages, on peut parier que lui enlever un tel alibi sera vécu comme un crime. Déjà depuis le mois de mai 2011, un décret intime à ces étudiants Africains de laisser la France le lendemain de leur soutenance de thèse.

QUE FAIRE LORSQU'ON S'EST TROMPE DANS LE CHOIX DES ALLIANCES ?

Aujourd'hui, le développement de l'Afrique est une question de choix décisif dans le positionnement géostratégique de chaque pays. L'alliance avec l'Occident sur le point de déposer le bilan me semble un choix suicidaire, parce que le résultat est connu d'avance : misère garantie comme plat de résistance et dettes pour dessert. Le Guide libyen Kadhafi est l'exemple de ce choix suicidaire. Il avait opté pour l'alliance avec l'Occident, en snobant autant la Chine que la Russie et en mettant ses Services Secrets sous le contrôle de la CIA dès 2006. Ce qui lui sera fatal, puisque ce sont ces mêmes Services Secrets devenus américains qui feront qu'il ne soit plus en sécurité nulle part sur le sol libyen, encore moins son dauphin. Dans la nature, les mammifères cherchent les males jeunes et forts pour s'accoupler et assurer la descendance, garantir l'avenir. Parce que les males vieux sont faibles, souvent aigris et génèrent d'autres faiblesses qui ne laissent pas beaucoup de chance à la race de survivre longtemps, ne présageant aucun futur.

En ce moment, l'Occident est cet animal devenu vieux et faible et pour cette raison, devenu plus dangereux pour lui-même et pour ses alliés. Sa faiblesse le rend aigri. Un jour arrivera, lorsqu'ils comprendront que leur trophée de la victoire ivoirienne n'était qu'une pure illusion et qu'ils ne seront pas sauvés de leur profonde crise financière et sociétale par la Côte d'Ivoire, qu’ils n'auront plus besoin de Ouattara. Ce jour là, il sera très vite rebaptisé en "Dictateur Africain". Dès lors on n'a pas besoin d'être un magicien pour prédire que des ONG prétendument expertes de l'Afrique sortiront de partout pour nous expliquer comment il est méchant et s'enrichit sur le dos du peuple. On trouvera très vite un autre Africain pour le remplacer. Et ce jour là, nous serons présents pour le soutenir avec toutes nos forces, exactement comme nous l'avons fait pour son prédécesseur, exactement comme nous l'avons fait pour le Guide libyen, Kadhafi. Parce que la tradition africaine veut que nous n'abandonnions jamais les nôtres, quoi qu'ils aient fait dès lors qu'ils sont en mauvaise posture avec nos bourreaux de toujours.

Nicolas Machiavel (1469-1527) ne dit-il pas que "pour prévoir l'avenir, il faut connaître le passé, car les événements de ce monde ont en tout temps des liens aux temps qui les ont précédés. Créés par les hommes animés des mêmes passions, ces événements doivent nécessairement avoir les mêmes résultats" ?

Combien serons-nous pour répondre "présent" au soutient de Ouattara lorsque son heure de disgrâce sera arrivée ? Qu'est-ce que l'histoire retiendra de lui au delà de la page peu glorieuse qu'il a écrite avec sa fameuse "Communauté Internationale" ? Lui seul et son équipe pourront répondre à ces questions, à travers les actes et les décisions qu'ils pourront mener en utilisant leur cerveau pour ne pas insister avec des recettes qui ont démontré leurs limites. Le plus grave n'est pas de commettre des erreurs, mais de persister dans l'erreur. Et le geste le plus sage à mes yeux est celui d'avoir le courage et la force d'aller contre ceux qui l'ont mis au pouvoir et de libérer son frère Laurent Gbagbo. Il sortirait alors ainsi de "l'Afrique de la traitrise et des sous-préfets" pour entrer dans l'Afrique du courage et de la défense de la dignité humaine.

Nous sommes différents des Européens. Pour construire l'Union Européenne, ils ont recouru à un catalogue de conditions à être toutes satisfaites avant d'entrer dans l'Union et des pays comme la Turquie, depuis 1993, n'ont toujours pas réussi à satisfaire à ces conditions. En Afrique nous privilégions d'autres valeurs que l'argent. C'est pour cela qu'il n'y a jamais eu un quelconque catalogue de conditions pour adhérer à l'OUA hier ou à l'UA aujourd'hui et demain dans les Etats-Unis d'Afrique en construction. Ce qui nous unit est avant tout est un idéal, celui de soustraire l'Africain de l'esclavage européen, à travers la lutte contre l'humiliation que l'Occident continue de nous infliger depuis 5 siècles. Le Tribunal Pénal International (TPI) n'est-il pas la preuve évidente de cet acharnement contre la dignité humaine en Afrique ?

Comment expliquer sinon qu'avec les 3 millions de morts au Cambodge, pour le génocide perpétré par les 'Khmers rouge', le tribunal spécial se passe en terre cambodgienne pour juger ses auteur 30 ans après les faits, alors que pour l'Afrique le TPI devient l'énième instrument de domination et de la xénophobie contre l'Afrique ?

Le dénominateur commun du peuple africain est l'anticolonialisme. C'était même le fondement de l'OUA. Et nous ne pourrons pas construire les Etats-Unis d'Afrique sans associer tout le monde, sans prendre conscience de la capacité de nuisance de ceux qui veulent nous diviser jusqu'à chasser nos chefs d'Etat du pouvoir, jusqu'à tuer nos Présidents. Nous sommes très indignés de ces actes de barbarie et si ceux qui ont le pouvoir en Afrique n'ont pas conscience de cela, nous devons être doublement indignés.

CONCLUSION

Le déclin de l'Occident est paradoxalement une chance pour l'Afrique, à condition que nous soyons conscients de l'importance de la place que nous pouvons occuper dans cette nouvelle ère avec la redistribution des places. L'Occident ne peut pas nous aider parce qu'il ne peut pas s'aider lui-même. Obama a visité le Ghana et présenté ce pays comme la vitrine d'un allié de l'Occident qui réussit, mais la vérité est plus amère. C'est que ce pays pour sa croissance s'est tourné vers la Chine et a reçu 10 milliards de dollars, montant qu'aucun pays occidental ne pouvait lui offrir. Pour l'histoire, le 23 novembre 2011, pour la première fois, même l'Allemagne, le pays européen le plus vertueux et le plus riche n'a pas pu emprunter l'argent sur les marchés, leurs propres opérateurs étant les premiers à parier sur leur chute inexorable.

Au 21ème siècle c'est la fin des Etats-Nations et le triomphe des Etats-continent. Je ne me réjouis pas pour le début de la prospérité de mon pays, le Cameroun, tant que l'économie d'un autre pays africain comme la Côte d'Ivoire est en berne, parce que la Côte d'Ivoire comme la Somalie, c'est aussi mon pays et le comprendre c'est avoir la force pour résister à nos agresseurs et pour construire la base d'une prospérité stable, continentale. Et pour le faire, nous avons besoin des alliances, nous avons besoin de compter nos amis, nos vrais amis. Pour l'instant, le meilleur ami de l'Afrique est la Chine et nous devons tous nous indigner lorsque l'Europe va à Pékin parler de l'Afrique, parler de nous sans nous. Ne sommes-nous pas suffisamment sortis de l'adolescence ?

Toujours plus de chefs d'Etats Africains seront encore humiliés, d'autres seront encore assassinés. Mais le pire qu'un Africain puisse faire c'est qu'il soit de près ou de loin complice des ces actes tous dirigés contre les nôtres, tous orientés contre nous. Parce que chaque président africain qu'on humilie, c'est nous tous qu'on humilie, chaque chef d'Etat africain qu'on tue, c'est nous tous qu'on tue. Défendre les nôtres, c'est défendre nous-mêmes aujourd'hui, c'est défendre nos enfants demain. Et identifier avec précision contre qui, nous avons à nous défendre en priorité, nous aidera à mieux choisir nos alliances. A ce jour, aucun Africain n'est mort tombé sous les balles de l'armée chinoise.

 

Source : Pambazuka

 

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