|

27 octobre 2012

Article en PDF : Enregistrer au format PDF

D'abord, nos médias ont fait mine d'ignorer son existence. C'est qu'il faisait un peu tache d'huile sur leur joli tableau printanier. Une fois que sa barbichette teinte au henné a inondé les écrans télé des pays du Golfe et les rues syriennes acquises à la rébellion, ces mêmes médias ont eu le culot de traiter ses détracteurs de propagandistes du régime de Damas. Le quidam dont on parle ? Adnane Arour, la Bête de l'apocalypse syrienne.

Manifestation de l’opposition syrienne organisée à Tripoli dans le Nord du Liban au printemps dernier. On y voit les portraits d’Arour et de Ben Laden, deux figures emblématiques du takfirisme. Sous leur portrait est indiqué : « Nous sommes tous le cheikh Adnane Arour », « Nous sommes tous le cheikh Ben Laden »
 
Originaire de Hama, Adnane Arour est un ancien soldat de l’armée syrienne. Il a été limogé, dit-on, pour une sombre histoire de viol.

Il s’engage ensuite dans l’insurrection anti-baathiste. Mais la répression le contraint à fuir le pays.

Durant son exil saoudien, il se recycle dans le takfirisme, un courant sunnite radical qui prône l'Inquisition contre tous les courants religieux non sunnites à commencer par les chiites et les alaouites considérés comme « pires que les Juifs ».

A partir de 2006, il anime une émission sur Wissal TV où il exhorte les jeunes sunnites à aller égorger les hérétiques chiites et alaouites et à « s'occuper de leurs filles entre 14 et 16 ans ».

C'est à croire que sa pieuse retraite en « terre sainte » n'a eu aucun effet sur ses pulsions perverses.

En Occident, certains s'étonnent aujourd'hui que la rébellion syrienne puisse faire preuve de tant de cruauté à l'encontre des forces loyalistes ou de simples citoyens qui ont le malheur d'appartenir à la mauvaise confession.

Depuis son célèbre appel à « hacher les alaouites » et à « donner leur chair aux chiens » en cas d’insoumission au califat qu’il prône, son nom décore les poubelles de nombreuses villes.

Mais sur les pentes du Djebel Zawiya, le « Peshawar » syrien, une zone montagneuse de la province d'Idlib réputée puritaine et réfractaire aux idées progressistes du panarabisme laïc, Arour fait des émules.

Officiellement, les commandants de l'ASL ne voulaient pas de cet énergumène.

Mais il y a quelques jours, Arour a été accueilli en véritable Pierre L'Ermite de cette armée prétendument libératrice.
 
Arour avec les commandants de l’insurrection à Idlib, octobre 2012


Arour prononça même le discours inaugural du « Commandement central des conseils révolutionnaires syriens » fraîchement créé dans le Nord de la Syrie en présence de son fils Mohammed Arour lui aussi combattant de la rébellion unifiée.
 
Avec la verve qu’on lui connaît, Arour s'attaque aux opposants prêts à un cessez-le-feu avec l'armée syrienne, reprochant à ces mêmes militants d’être « plus dangereux que le régime ».

A la veille de l’Aïd El Adha, il paraît donc difficile d'envisager le moindre apaisement avec un tel provocateur dans les rangs de la rébellion.
 
Etaient présents à cette grand-messe démocratique copieusement arrosée d’« Allah ou Akbar » le major de l'ALS Maher Al-Naimi et le lieutenant-colonel Amar Abdullah Al Wawi du Mouvement des officiers libres. Récemment blessé dans une attaque de la base aérienne d'Abou Al Duhur et soigné à Antakya, certaines sources avaient donné Al Wawi pour mort.
 
A noter aussi que dans son discours, Adnane Arour n'a pas manqué de remercier les Etats turc et jordanien avec une mention spéciale pour la dictature saoudienne : « Moi je sais tous les sacrifices consentis par l'Arabie saoudite » a-t-il confié.
 
Et de conclure par un vibrant remerciement adressé aux « hommes d'honneur du Qatar et du Liban ».
 
En janvier de cette année, Arour s'était rendu en Libye. En direct de Tripoli, il avait félicité l’aviation de l’OTAN pour son travail de précision dans ses bombardements contre les villes et les quartiers fidèles à Mouammar Kadhafi.
 
Arour demande la même chose pour son pays. Message très vite reçu par le safari club de BHL qui rempile sur le front syrien aux côtés de ses frères d’armes Kouchner, Glucksmann, Bérès et Bettati (cf. Le Monde, Assez de dérobades, il faut intervenir en Syrie, 22 octobre 2012)
 
Le Grand Soir tant espéré par les démocrates syriens sincères mais naïfs aura été de courte durée.
 
Avec le retour d’Arour en Syrie, bonjour l’Apocalypse.
 
Bahar Kimyongur est auteur de Syriana, la conquête continue, Ed. Couleur Livres & Investig’action, 2011 et porte-parole du Comité contre l’ingérence en Syrie (CIS)


Haut de la page - Accueil

Investig'Action - Michelcollon.info l'info décodée info decodee info decodee
Investig'Action - Journal de l'Afrique
info decodee

Michel Collon présente Jihad made in USA, le nouveau livre d’Investig’Action (vidéo)

Michel Collon - Grégoire Lalieu

Que se passe-t-il vraiment en Syrie et en Egypte ? Quel rôle jouent Arabie Saoudite, Qatar, (...)

Réfugiés

Elsa Grigaut

« Nous sommes encore vivants, nous avons de l’espoir. Vous qui avez le Droit, aidez nous à avoir (...)

Avoir 20 ans dans les quartiers populaires : mépris de « classe » et humiliation de « race »

Saïd Bouamama

Le mi-mandat de François Hollande a été l’occasion d’une émission télévisée avec le président de la (...)

Burkina-Faso : Leçons de Ouagadougou- Chronique d’une révolution populaire confisquée

Samuel Njufom

Entre le 27 octobre et le 3 novembre 2014 dernier, le Burkina-Faso du dictateur Blaise (...)

"Le TTIP est une ingérence des multinationales dans la vie politique "

Bruno Poncelet & Alex Anfruns

Entretien avec Bruno Poncelet, animateur de la plateforme No-Transat (www.no-transat.be), et (...)

Les manipulations médiatiques sur les poilus lors de la commémoration de l’armistice

Saïd Bouamama

Le centenaire du déclenchement de la première guerre mondiale a donné une dimension particulière (...)

Du colonialisme au sionisme : chronique d’une continuité idéologique du parti socialiste

Saïd Bouamama

« Il appartient au gouvernement israélien de prendre toutes les mesures pour protéger sa (...)

Révolte populaire à Fergusson : Trois manipulations médiatiques

Saïd Bouamama

Inégalités sociales massives, discriminations racistes insoutenables, harcèlement policier (...)

Ce qu’il se passe à Fergusson ne reste pas à Fergusson

Jerome Roos

Pour les Afro-américains, l’état d’urgence a toujours été permanent. Aujourd’hui, avec le (...)

Campagne Eau et Sel : un message des prisonniers palestiniens

Badee Dwaik

Cela fait aujourd’hui 65 jours consécutifs que des détenus palestiniens sont en grève de la faim. (...)